LES VIOLENCES SEXUELLES

La violence sexuelle est un grave problème de santé publique et de droits humains qui a des conséquences, à court et à long terme, sur la santé physique, mentale, sexuelle et reproductive des victimes. Dans la mesure où la violence sexuelle est un comportement extrêmement prévalant dans tous les contextes sociaux et qu’il s’agit d’un des comportements qui affecte négativement le bien-être et la santé de millions d’individus dans le monde (notamment les femmes et les enfants), il est important de l’étudier, en psychologie de la santé, en essayant de comprendre comment il se manifeste, quelles sont les variables prédictives, ses conséquences sur les victimes, les stratégies de prévention, etc.


1. Types de violence

La violence sexuelle peut être de nature physique (e.g., viol, contact sexuel forcé, etc.), psychologique (e.g., harcèlement, humiliation, insultes, etc.) ou les deux; elle peut être perpétrée contre les femmes, contre les hommes ou contre les enfants ; elle a lieu dans les contextes des relations intimes ou non-intimes, dans le cadre familial (e.g., viol conjugal, inceste, attouchement sexuel de mineurs, etc.), du travail (e.g., harcèlement, coercition sexuelle sur menace directe ou indirecte de perte d’emploi et ou de droits associés, etc.) et dans les situations de conflits armés (e.g., viol comme arme de guerre, femmes utilisées comme esclaves sexuelles et/ou reproductives, etc.).


  1. Types de viol

Groth et Birnbaum (1979) ont décrit plusieurs types de viol, à savoir :

a) Le viol de colère ou viol correctif

Le but de ces types de violeurs est d’humilier, d’avilir et de blesser leurs victimes ; ils expriment leur mépris pour leurs victimes par la violence physique et le langage profane. Pour ces violeurs, l’acte sexuel est une arme pour souiller et dégrader la victime et le viol constitue l’expression ultime de leur colère (Groth & Birnbaum, 1979). Parce que le but est d’humilier et dégrader le plus possible la victime, le viol de colère se caractérise par une brutalité physique, l’usage d’une force physique largement supérieure à ce qu’il ne serait nécessaire si l’intention était simplement de maîtriser la victime et de parvenir à la pénétration (Groth & Birnbaum, 1979). Guidé par la colère et la rage, le violeur attaque sa victime en l’agrippant, en la frappant et en la jetant au sol, en la battant et lui déchirant ses vêtements (Stalans, 2004).

c) Le viol lié à l’affirmation de la domination

Pour les auteurs du viol d’affirmation de la domination, le viol devient un moyen de compenser leurs sentiments sous-jacents d’insuffisance et d’infériorité sociales tout en assouvissant leur profond mégalomane et fantasmagorique désir de maîtrise, de contrôle, de domination, de projection de puissance et d’autorité. L’intention du violeur de manifestation de domination est de démontrer (à lui et à la victime) ses « capacités » (Groth & Birnbaum, 1979).

Particulièrement, dans le viol de démonstration de puissance, le violeur s’appuie sur des menaces verbales, sur l’intimidation (souvent avec une arme ou un couteau) et n’utilise que la force nécessaire pour maîtriser la victime (Groth & BirnBaum, 1979).

Souffrant paradoxalement d’un complexe d’infériorité sociale, de narcissisme et d’un fort désir de reconnaissance, l’agresseur a tendance à avoir des fantasmes dans lesquels il met en scène des habilités de conquêtes sexuelles et ses performances sexuelles dans le cadre d’un viol. Souvent, il croit que même si la victime lui résiste au départ, une fois qu’il la maîtrisera, elle finira par apprécier le viol. C’est ainsi que, une fois l’acte conclu, souvent, le violeur va jusqu’à estimer que la victime a apprécié ce qui lui a été infligé, conviction qui parfois l’amène à demander à la victime d’envisager une relation amoureuse avec lui (Groth & Birnbaum, 1979).

Cependant, parce que cette perception est basée sur un fantasme et non sur la réalité, le violeur ne reste pas longtemps satisfait (rassuré) par sa supposée performance ou la supposée appréciation manifestée par la victime. Il essaiera donc d’en trouver une autre. Cela explique pourquoi ce type de profil de violeur tend à passer à l’acte de façon répétitive et compulsive, commettant une série de viols sur une courte période (Awasthi, 2017).

c) Le viol sadique

Pour ce type de violeur, leur excitation sexuelle est intrinsèquement associée à l’infliction de douleur à sa victime. Plus précisément, ces violeurs glorifient la violence et, chez eux, l’excitation sexuelle est aussi bien associée à l’infliction de douleur et de souffrance à sa victime qu’à la colère et à la sensation de domination (Groth & Birnbaum, 1979).

Ainsi, ce type de délinquant prend plaisir aux tourments, à la douleur, à l’angoisse, à la détresse et à l’impuissance de la victime et considère qu’il s’agit d’une expérience érotique. En effet, ces types d’hommes sont très excités sexuellement par de violents stimuli sexuels (Groth & Birnbaum, 1979).

Les agressions du violeur sadique sont délibérées, calculées et planifiées. Et, dans de nombreux cas, la satisfaction ultime est obtenue en assassinant la victime (Stalans, 2004).

Ma réflexion

Cette classification en trois catégories a inspiré de nombreuses études. Cependant, il nous semble à nous qu’elle laisse de côté des cas de viol qui pourraient être liés à d’autres facteurs tels que, par exemple, l’influence des pairs en certaines circonstances (e.g., dans certains cas de viol collectif), la conviction erronée selon laquelle il s’agit d’un acte d’amour (e.g., dans certains cas d’inceste), l’opportunisme lié à la situation (e.g., dans certains cas de viol où la consommation d’alcool ou de drogue joue un certain rôle).

Particulièrement, les viols collectifs devraient être mis dans une catégorie à part.

d) Les viols collectifs

Dans certains cas, les viols collectifs sont souvent perçus par les hommes comme une méthode justifiée pour décourager ou punir ce qu’ils considèrent comme un comportement immoral chez les femmes, comme par exemple le fait de porter des jupes courtes ou de 5

fréquenter les bars (6Jenkins, 1998). Dans certains contextes sociaux, les viols collectifs ont souvent lieu dans le cadre d’une sorte d’initiation sexuelle. A ce propos, en Papouasie- Nouvelle-Guinée, certains gangs urbains recourent souvent aux viols collectifs des femmes comme une forme d’initiation imposée aux nouveaux membres (Sokhin, 2015).


Enfin, le viol collectif et le viol de masse sont souvent utilisés comme moyen de souder un groupe d’hommes. Cela est particulièrement courant chez les soldats en situation de guerre.

En effet, parmi le nombre de viols commis lors des conflits armés, les viols collectifs représentent les trois quarts, alors que dans les temps de paix cette catégorie spécifique de viol représente le quart du nombre total.

Les commandants poussent les recrues à violer, souvent pour calmer leur frustration, récompenser la vaillance au combat, terroriser la population,

mais souvent aussi pour souder entre eux les personnes impliquées.

Ainsi, certaines recherches indiquent par exemple que les groupes rebelles qui recrutent des soldats par la force sont plus impliqués dans les viols collectifs que ceux constitués de recrues volontaires car ils pensent que à travers ce type d’actes, les soldats incorporés contre leur volonté, passeront d’une faible à une forte loyauté envers le groupe, unis par le même crime,

pour ainsi dire (The Economist, 2018).

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